L’aventurier anglais John Alfred Jordan se trouvait au Kenya en 1909 lorsqu’il découvrit un étrange animal allongé au milieu d’une rivière.
Le félin était long de plus de 4 m avec une tête aussi grosse que celle d’une lionne.
Son dos semblait écailleux comme peut l’être celui du tatou mais tacheté comme le pelage d’une panthère.
Le plus surprenant est qu’il possédait une sorte de queue natatoire avec laquelle il luttait contre le courant. Enfin, ses canines supérieures étaient longues et recourbées comme celles d’un smilodon, le plus célèbre des félins à dents de sabre de la préhistoire.
Cette description peut sembler fantaisiste ou du moins on pourrait penser que Jordan avait un peu trop d’imagination. Pourtant, en 1909, personne ne parlait encore de tigre à dents de sabre.
Témoignages et indices
Cet animal était bien connu en Afrique et semblait vivre notamment dans l’ex-Zaïre, l’Angola, le Centrafrique et le Kenya.
On l’avait baptisé chipekwé, dingonek, dilali ou mourou-ngou. Certaines appellations peuvent se traduire par « panthère d’eau » ou « lion d’eau ».
Les populations locales ne semblaient pas étonnées par les propos de Jordan.
La description mélange plusieurs genres mais pourrait-il quand même s’agir d’un félin inconnu ?
L’histoire pourrait s’arrêter là mais, ce qui est troublant, ce sont les restes de ce tigre à dents de sabre découverts en Afrique. Cependant, l’élément essentiel qui pourrait
accréditer la présence d’un tel animal manque : la datation de ces restes.
Ces restes étaient-ils fossilisés ou récents ? Les informations sont trop maigres pour les accepter tel quel.
Il existe quelques indices qui pourraient faire pencher la balance en faveur de la survivance d’un représentant des Machairodontinae tel le machairodus.
Ce félin figurerait sur une bague en or scythe, exposée au musée de l’Ermitage de Leningrad. L’homme semble avoir côtoyé ce félin puisqu’il apparaît sur une peinture rupestre des Boshimans dans une caverne d’Afrique du Sud.
Rappelons que les félins à dents de sabre ne se sont éteints qu’il y a 10 000 ans à la fin de la dernière période glaciaire. Les derniers représentants connus de cette sous-famille des Felinae sont Smilodon et Homotherium. La longueur de ces deux espèces est bien inférieure à celle donnée par Jordan.
En 1956, le cadavre d’un hippopotame, découvert près de Port-Gentil, portait les traces de deux plaies profondes, très semblables à celles qu’auraient pu faire des canines longues et recourbées.
On peut également citer cette anecdote. Le naturaliste John Hunter a montré aux Pygmées de la forêt de l’Ituri (ex-Zaïre) un livre de zoologie. L’un deux, lorsqu’il vit un morse et surtout ses dents, lui dit que cet animal vivait dans les profondeurs de la forêt.
Monseigneur Van Horne, évêque de Rafai en République Centrafricaine, a interrogé la population du pays Zandé sur un animal aquatique inconnu, le mamaïmé ("lion d'eau"). Les habitants lui en ont fait la description suivante :
"Ses pattes sont poilues. Sa longueur est d’environ 1m 60, sa hauteur de 1 m. Il a tué un homme : Segui, frère de Songa, de Dano, à l'embouchure de la Aka et du Ali. Il a également attrapé Mada, qui a réchappé à la mort. Il dort dans l'eau. Il mange les animaux et les hommes". (D’après Kirch 1981).
Tous ces indices restent cependant bien faibles car aucune preuve formelle n’est venue depuis les étayer.
Bernard Heuvelmans et Jean-Jacques Barloy pensent que l’animal décrit par Jordan est un machairodus ou du moins un genre approchant.
L’idée que des espèces encore non répertoriées puissent survivre au cœur de certaines forêts d’Afrique n’a rien de farfelu. Une nouvelle espèce de primate a été récemment découverte. Cependant, tant qu’aucune preuve formelle ne sera présentée, nous ne pouvons qu’être sceptiques ou du moins prudents.
Source: Terra Nova
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