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Vos Pattes


Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 00:15

 


LE « ROC DU SAINT »
(Extrait d'un récit paru au XIXe siècle)

Il n'en reste certes plus depuis longtemps de ces anciens qui, durant les longues veillées d'hiver, sous les grandes cheminées des chaumières autour desquelles se pressaient les familles assemblées, racontaient cette curieuse et naïve légende, qui n'est pas sans analogie avec celle de la Sarpin voulante des biachets.

L'une avait pour théâtre le ruisseau de St-Georges, l'autre celui du Diénat :
« Jadis, un dragon ailé sifflait sur le château du sire de Châtelard, ouvrant sa gueule de feu pour dérouter le voyageur égaré. Sa tête de caïman avait des yeux d'émeraude, il endormait de ses chants langoureux, mais son haleine desséchait le torrent et l'herbe de la rive. Pour l'apaiser, on lui donnait vingt génisses blanches ou de larges gâteaux d'orge et de miel.

« Un jour que la fillette du châtelain folâtrait dans les champs, sur les pentes du Diénat, l'éclat des yeux du dragon attira la fillette, qui devint la proie du monstre.

« Le lendemain, le sire de Châtelard s'en alla vers le roc qui lui servait de repaire. D'un coeur pur et avec courage, il affronta le dragon, le tua, mais la langue de feu de celui-ci toucha les armes du brave paladin, qui tomba et alla rejoindre sa fille dans l'éternité.

« Depuis, le dragon ne siffle plus sur le Roc du Saint ».

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Dragon ou serpent de
Villedieu-lès-Bailleul (Orne)

(D’après « La Normandie romanesque et merveilleuse » paru en 1845)

L’église de Villedieu-les-Roches (le nom de Villedieu-lès-Bailleul fut donné à la commune en hommage au seigneur de Bailleul) est bâtie sur une élévation de rocs noirs et grisâtres ; un défoncement peu profond, large d’environ trente toises sur cent cinquante de longueur, part de l’église et s’allonge dans la direction de Coulonces et de Bailleul, bordé d’énormes masses granitiques qui élèvent en surplomb leurs têtes inégales. Tout près de ces rochers est une espèce de caverne dont l’entrée a été rétrécie par le travail du temps ou par la main des hommes.

Suivant la légende, un serpent habitait cette caverne aux murailles de diamants et d’or. Il sortait de temps en temps pour aller se baigner dans un petit lac voisin, après quoi il parcourait la campagne à la recherche de sa proie. Lorsque la faim le pressait, il allait vite en besogne, car le monstre n’était rien moins qu’une hydre à plusieurs têtes. Les habitants de Villedieu et des pays environnants s’épuisaient en vaines lamentations ; cependant le désespoir leur inspira la découverte d’un moyen de salut. Ils imaginèrent de porter à l’entrée de la caverne une grande cuve pleine de lait, qu’ils avaient remplie à frais communs.

Le monstre parut satisfait du régime anodin auquel on voulait le soumettre. La paix et la sécurité se rétablirent tout d’abord. Mais un jour, soit par oubli, soit par impuissance, les habitants de Villedieu manquèrent de procurer à leur hôte sa ration habituelle. Notre serpent qui, depuis quelque temps, ne faisait point assez forte chair pour soutenir un long jeûne, se mit en route, aiguillonné à la fois par le vengeance et la faim. Un jeune homme s’étant remontré sur son passage, il le dévora. Neveu du seigneur de Bailleul, il était aussi chéri des vassaux que son oncle en était détesté. Cependant, le seigneur de Bailleul, malgré sa dureté bien connue, fut vivement affligé de la mort de son neveu ; il jura que le jour des représailles ne se ferait pas attendre.

De monstre à tyran la guerre s’allume vite, mais celle que projetait le baron de Bailleul demandait quelques préparatifs indispensables. L’adroit seigneur commença l’attaque par une ruse bien calculée : il fit déposer deux moutons à l’entrée de la caverne, et, de plus, remplir la cuve où s’abreuvait le dragon, d’eau-de-vie au lieu de lait. Celui-ci dévora les deux moutons, en se félicitant de ce que la leçon donnée aux habitants de Villedieu produisait de tels fruits ; puis, il s’endormit dans l’enivrement de son succès et de la cuve d’eau-de-vie qu’il avait vidée. Le moment était venu pour le seigneur de Bailleul d’assurer sa vengeance ; nouvel Hercule endosse son armure, plus solide qu’une peau de lion ; sa longue épée vaut une massue.

Il marche droit à la caverne, surprend le monstre endormi, il frappe d’un coup si terrible qu’il lui enfonce sa principale tête. Mais celui-ci se révèle assez formidable encore pour engager un combat à outrance : il aveugle son ennemi par les vomissements de flamme qu’il lui lance au visage, et le baron de Bailleul tout intrépide qu’il est, recule épouvanté. A peine est-il dehors, qu’un craquement effrayant se fait entendre, comme si la terre allait s’effondrer sous la fureur du reptile ; les roches de Villedieu éclatent de toutes parts et jonchent la plaine de projectiles énormes ; une lave ruisselante envahit le lac, puis, la commotion s’apaise, et le silence se rétablit sur cette scène de désastre.

Le lendemain, les vassaux du seigneur de Bailleul s’approchèrent en tremblant de ce lieu désolé : ils trouvèrent le corps du baron calciné dans son armure, et, plus heureux qu’ils n’auraient osé l’espérer, ils se virent délivrés à la fois des deux monstres qui les tyrannisaient : le serpent et le baron.

Galeron, qui raconte également cette légende, en a diversifié certains détails d’après le récit des gens du pays. Voici une circonstance curieuse de cette nouvelle narration. Lorsque le sire de Bailleul se proposa d’aller combattre le serpent, il se couvrit d’une armure de fer-blanc, et en fit de même avec son cheval. Ainsi bardé, il s’avança vers la caverne si redoutée. A sa rencontre avec le dragon, le cheval porta à son ennemi des coups assez forts pour que la perte de celui-ci devînt certaine, mais le monstre, dans l’excès de sa fureur, vomit tant de flammes que le cheval fut suffoqué. Pour comble de malheur le cheval, dans son effroi, étant venu à se retourner, les crins de sa queue, que l’on n’avait point mis à l’abri sous l’armure comme le reste du corps, s’enflamma en un instant ; et l’animal, ainsi que celui qu’il portait, furent consumés entièrement.

Le trou du serpent n’a plus une grande profondeur, mais on assure qu’autrefois il s’étendait à plusieurs lieues à l’entour du terrain même, et l’on prétend qu’il résonne encore sous les pas, en différents points de la campagne. On ne doute pas que la caverne ne s’avance de tous côtés, et l’on assure qu’elle recèle de grands trésors. Galeron a aussi donné une interprétation particulière de cette légende. Selon lui, elle rappelle une lutte entre les religions. Parmi les blocs de rochers, il en est un très éminent qui s’élève au-dessus de la demeure du seigneur. D’autres fragments épars semblent les restes d’anciens dolmens brisés, symboles d’un culte païen. A deux cents pas, sur le roc opposé, s’élève l’église de Villedieu, dont le nom décèle une consécration chrétienne. Le serpent serait peut-être une image du culte profane ; la jeune fille que, suivant cette nouvelle tradition, on livrait à dévorer au dragon, serait un souvenir d’affreux sacrifices ; le chevalier, un symbole du culte triomphant.

Publié dans : HISTOIRES EXTRAORDINAIRES
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