LE CHANT DU COQ ET LE LION
On s'est imaginé que le chant du coq mettait en fuite le lion. Pline le dit expressément. Il prétend même que pour se garantir des lions et des panthères, il suffit de
se frotter avec du bouillon de coq, surtout quand on a eu la précaution d'y mettre de l'ail.
Il n'y aurait rien d'absurde à croire qu'il existe quelque antipathie de nature entre ces deux espèces, mais le fait ne paraît pas confirmé par l'expérience. Les lions nourris dans les ménageries ne manifestent aucune frayeur quand retentit près d'eux la voix du coq. Il est vrai qu'ils s'y sont peut-être accoutumés ; et il ne serait pas impossible que des lions habitués à la vie du désert aient pris peur en entendant pour la première fois ce cri retentissant et véritablement belliqueux. Ce serait un effet de surprise et comme un éblouissement de l'oreille.
Quoi qu'il en soit, la prétendue terreur qu'il a la vertu d'inspirer au lion est devenue un des titres de gloire de notre oiseau national. Nos ancêtres se plaisaient à le représenter debout sur un lion, et, dans cette position courageuse, entonnant aux oreilles de son ennemi humilié sa triomphante fanfare. Cette image s'est perpétuée jusqu'à nous, et le Coq hardi est encore, dans quelques-unes de nos provinces, une des enseignes ordinaires des cabarets et des auberges. Je crois que les lions auraient le droit de se plaindre, comme dans la fable, du rôle peu honorable qui leur est donné dans cette peinture. Camerarius, dans ses Symboles, rapporte du moins à ce sujet un fait positif, et que l'on pourrait regarder comme une représaille de l'espèce lionne. « De notre temps, dit cet auteur, au palais du sérénissime prince de Bavière, un des lions, par un bond prodigieux, sauta dans la cour d'une maison voisine ; et là, ne s'effrayant ni du chant ni des clameurs des coqs, il les dévora bel et bien ainsi que plusieurs poules. »
Source la France pittoresque
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