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Vos Pattes


Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /2008 00:30

 

Le culte du corps n'est pas une idée récente ni moderne...

Sur les parois des tombes et des temples égyptiens défilent des corps de rêve, dont l'harmonie et l'élégance nous semblent étonnamment proches, presque modernes. On a l'impression que la beauté fut la préoccupation constante de la civilisation égyptienne et que celle-ci s'est efforcée de maintenir à tout prix la même forme de perfection esthétique pendant plus de trois mille ans.

Les canons esthétiques ont légèrement évolué au fil du temps: plus trapus, plus sportifs à l'époque des pyramides, les corps féminins et masculins se sont un peu allongés, la taille s'est faite plus fine, les hanches plus hautes, jusqu'à ces superbes représentations du Nouvel Empire où la femme devient fille-fleur: très mince, la poitrine menue, les jambes très longues... Mais ces changements sont mineurs. Dans leur ensemble, les proportions du corps ont été posées dès la Ire dynastie. Les artistes des tombes, qui s'inspiraient d'un modèle inscrit sur un ostracon (petit morceau de calcaire), esquissaient leurs personnages en respectant les mêmes lois, le nez à tel niveau, les épaules à tel autre. Ils avaient trouvé dans la représentation du corps un équilibre parfait qui a perduré pendant toute la civilisation égyptienne.

On en voit de magnifiques exemples sur les piliers du petit temple d'Abou-Simbel, à l'extrême sud de l'Egypte, dans les représentations de la reine Nofretari, épouse de Ramsès II.

Ramsès II, qui a fait édifier le petit temple d'Abou-Simbel vers - 1250, a sans doute choisi les artistes les plus raffinés. L'une des scènes montre la reine, entourée de deux formes divines qui la couronnent: elle est d'une élégance exceptionnelle dans sa robe transparente qui souligne sa féminité. On pourrait comparer ce tableau à la naissance de Vénus. Les artistes ont sublimé la femme, aboutissant à une forme de perfection. Le visage des personnages est particulièrement marquant: les artistes laissaient toujours un petit espace blanc au- dessous de la pupille pour donner un regard romantique et poétique. Et puis, il y a surtout ce mode de représentation particulier à l'Egypte: la tête est figurée de profil (la vision de face est très difficile à rendre), les yeux sont dessinés de face pour imposer le regard; les épaules et le torse également, pour ne pas atrophier le personnage. Puis les jambes sont de nouveau de profil, comme les pieds. Le corps est ainsi présenté sous ses différents angles, sans pour autant apparaître tordu. Les Egyptiens avaient découvert la vision en trois dimensions et réussi à trouver un équilibre. Picasso n'a rien inventé.

Cela traduirait-il une volonté de représenter le corps humain au plus près de sa vérité?

Exactement. Il ne s'agit pas d'art pour l'art. A une ou deux exceptions près, les textes égyptiens ne s'extasient jamais sur l'œuvre d'art. Le beau, pour un Egyptien, c'est la vérité. C'est la vérité du corps, de ce que peut évoquer une personne humaine. Les Egyptiens la résumaient, en faisaient une synthèse, s'efforçant d'approcher au plus près de sa réalité pour que cela subsiste éternellement. N'oubliez pas qu'ils croyaient à une vie après la mort, à une éternité cyclique et non linéaire. Pour eux, il fallait à tout prix préserver l'équilibre du monde (représenté par la déesse Maât), ne jamais être en contradiction avec l'harmonie universelle afin de mériter l'éternité. Lors de son jugement, le défunt devait justifier qu'il n'avait pas péché contre l'équilibre du monde. La beauté, c'est donc aussi l'équilibre. Néfer veut dire «beau», mais aussi «durable», «plein de vitalité». Néfertiti signifie «la belle qui est venue». Mais la maison de la momification s'appelait aussi la maison «du Néfer», c'est-à-dire «de la préservation de la vie». Ce qui est Néfer, c'est ce qui dure et qui est bien vivant.

 


Publié dans : ARTISTE - Communauté : Egypte
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